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Histoires à lire et à conter

Histoires à lire et à conter

Tout le monde aime la mer. L'eau tiède et le sable chaud, les vagues qui t'éclaboussent et parfois te roulent avant de t'emporter. L'écume qui reste sur ta peau et laisse éclater ses bulles. Mais pour moi, la mer c'est aussi un pont. Un chemin vers les étoiles lointaines qui se reflètent dans l'eau comme des diamants. Une masse bleue, ou verte, ou grise, grouillante de vie et de rêves. Les rêves des terriens qui n'ont jamais osé aller dessus. Les rêves des marins qui ne sont pas encore allés assez loin !

L'île secrète

L'île secrète
Éditions L’ametlièr, 2011
13,5 x 21,5 148 p.
Illustrations Jessica Albert
ISBN 978-2-9535860-1-5
15,00 €

La 4e de couverture


Sur l’Île Noire, Kleden Tévennec vient d’obtenir le dernier poste de gardien de phare. Il vit là, hors du monde, dans une solitude bienvenue. Un soir, pourtant, un chant d’une grande beauté s’élève de ce morceau de roche désolé et inaccessible aux navigateurs. Tous les moyens lui seront bons pour découvrir et rentrer en contact avec la chanteuse qui berce ses nuits. Et pour dévoiler, par la même occasion, le secret de cette terre qu’on appelle souvent l’île maudite.

Sur la côte nord de Menorca vit un vieux pêcheur. De son Aragon natal à la maison troglodyte de la Cala Fontanella, son histoire nous emporte. La guerre cruelle a bouleversé sa vie et ses amis l’ont longtemps appelé «le pêcheur triste». Finira-t-il un jour par trouver le repos et rejoindre Alicia qui l’attend sur l’île secrète ?

Léa et Yann ont déjà appris bien des choses en faisant la moitié du tour de la Terre sur leur voilier blanc. Mais ils vont découvrir ici, au pays des îles sucrées, la fragilité de l’être humain sur le grand océan. Le drame qui va les toucher finira par se dénouer grâce à Mahéa et tout au bout de leurs surprises, ils vont se retrouver détenteurs du secret de l’île qui n’existe pas.



Daniel Pagés est né dans la vallée du Gijou, en Haut Languedoc.
Successivement éducateur de jeunes en difficultés, paysan et skipper professionnel de voiliers, il accompagne, plusieurs mois par an, des enfants dans la découverte du milieu marin sur l’île d’Oléron, en Corse ou ailleurs.

Récits de mer, histoires d’amour fou ou contes philosophiques, Le dernier gardien, Le pêcheur triste et Mahéa nous entraînent dans la mythologie personnelle de l’auteur, pour qui l’océan représente bien autre chose qu’une masse d’eau bleue peuplée de poissons idiots.
Daniel Pagés, qui sait les dangers et les beautés de la mer pour en avoir parcouru quelques vagues, nous livre, à l’occasion de ces trois nouvelles, le secret des îles cachées de Poséidon.

EXTRAITS

1
(p 11 à 14, Le dernier gardien)
 


 
     Si vous grimpez tout en haut de la pointe, vous l’apercevrez au loin, ceinturée de noir, quand la marée court vers le large. Au point que tout le monde a oublié son nom et l’appelle l’île noire.
     Émaillée de taches blanches. Les goélands y passent leur journée, chaque fois que le dur vent d’ouest les laisse tenir debout.
     La côte au noroît est découpée comme une mâchoire un peu dégarnie qui ne posséderait que des canines. Des millions d’années de vagues ont attaqué le granit. L’ont tordu. Déchiré. Affûté.
     Du continent, vous ne verrez pas la pente verte qui glisse vers quelques mètres carrés de grossier sable gris et de galets ronds que n’ont jamais osé couvrir les laminaires géantes et le varech gluant.
     Les houles énormes des grandes tempêtes n’arrivent pas jusque-là, brisées par d’autres écueils, déchirées par d’autres mâchoires. Mais les vagues courtes se font cassantes dès que le vent se lève, la mer blanchit et les rocs chassent vers le ciel des gerbes d’eau écumeuse.
     Certaines nuits d’hiver, les embruns planent sur toute l’île. Seule reste alors au sec la tête illuminée du phare qui fait tourner son œil géant pour effrayer les navigateurs et les éloigner de ces eaux recelant mille récifs cachés.
 
     Kleden Tévennec détaillait son royaume. Le canot de service l’avait déposé à midi. Les hommes avaient déchargé et transporté au pied du phare deux semaines de ravitaillement pour compléter les stocks déjà entreposés à l’intérieur. Vite, ils s’en étaient allés, profitant du jusant qui les ramenait vers leur port d’attache sur le continent.
     Juin éclairait l’îlot de toute sa lumière. À près de soixante mètres au-dessus des flots, on dominait le monde. Chaque rocher pouvait être comptabilisé. Seul, restait à l’abri du regard le creux de la minuscule plage où aucune baigneuse ne viendrait jamais troubler la solitude du gardien.
     Un coup de chiffon sur les lentilles et les cuivres les avait débarrassés des cristaux de sel abandonnés par les embruns des tempêtes précédentes. La lanterne allait, cette nuit, briller d’un nouvel éclat. Personne ne s’en apercevrait. Kleden aimait le travail bien fait.
 
 
     Un dernier tour d’horizon. Il dévala prestement les marches de pierre et s’assit sur le muret qui courait devant la tour. Il tourna le visage vers le soleil qui se préparait à plonger dans le lointain de l’océan. Ce soir, seule une légère ondulation venait clapoter sur le socle de l’île, y déposant une moustache blanche.
     Les filaments qui s’étiraient dans le ciel annonçaient une dépression pour le lendemain. Du gros temps pour plusieurs jours. Une météo à ne pas mettre une mouette dehors. Heureusement, le phare fonctionnait sans flamme à allumer. À surveiller. Sans bidon de carburant à soulever, à hisser, marche après marche jusqu’au sommet. Le gardien n’avait plus besoin de passer sa nuit dans la tête du colosse, au cœur des hurlements de la tempête déchaînée.
     La fée électricité était arrivée jusque-là grâce à son gros câble qui serpentait au fond de la mer. Kleden Tévennec avait seulement pour mission de vérifier, surveiller, informer les techniciens qui, de leurs bureaux sur la terre ferme, la vraie, préparaient l’automatisation complète de cette lueur d’espoir pour les marins perdus.
     D’ici quelques mois, on n’aurait plus besoin de gardien pour le phare de cette île maudite. […]

 

2
(p. 66-67, Le pêcheur triste)


     La Fontanella, c'était son royaume. Certes, il la partageait un peu avec quelques autres pêcheurs qui y laissaient à l'abri leur bateau et leurs engins de pêche. En fin de semaine, l'ombre des petites constructions qui leur appartenaient accueillait de temps à autre famille et amis, habitants des villages proches. Mais Fernando en était le seul résident permanent, celui qui habitait le plus haut et bénéficiait d’une vue panoramique sur le hameau et la cala. De sa terrasse, il pouvait surveiller, tout au fond, sa Renault rongée par la rouille et guetter le pick-up de Lluìs, le marchand de poisson qui venait chercher la pêche du jour. Aucun véhicule descendant le chemin de terre rousse n'échappait à son regard.
     Le vieil homme était le plus ancien et le plus avisé des pêcheurs de ce coin d'île. Il connaissait la mer et les animaux marins comme personne, prédisait le vent et la tempête mieux que la météo de Barcelona et passait même pour être un peu sorcier.
Chez lui d'ailleurs, les bulletins n'arrivaient jamais à temps, pas plus que les nouvelles du monde. Il n'avait jamais fait réparer l’antique poste de radio à piles qui avait cessé de fonctionner depuis des années. Et il ne voyait la télévision que lorsqu'il montait en ville, une ou deux fois par mois pour aller faire quelques courses, en buvant une bière fraîche à la table de Lluìs ou Pepe, ses seuls amis. Mais les nouvelles circulaient tant bien que mal, au gré des rencontres, sur terre et sur mer et il était au courant de bien des événements.
     L'éclosion de la nichée de goélands, qui se cachait dans les rochers à cent mètres de là, lui paraissait bien plus importante que les démêlés sentimentaux du prince-héritier de la couronne d'Angleterre. La politique, qu'il tenait pour responsable de tous les maux du monde, le mettait en colère. Il ne voyait donc pas grand intérêt à recevoir le journal télévisé. De toute façon, l'électricité n'arrivait pas à la Cala Fontanella. […]

 

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